22.01.2007

Rhône-Alpes, une région ouverte sur le monde

medium_ICT0008.JPGPremier constat : Rhône-Alpes, une région ouverte sur le monde 

La région Rhône-Alpes se distingue par deux caractéristiques majeures :

En France, elle est la seconde région économique et démographique après l’Île-de-France. En Europe, elle intègre les données d’un État : même superficie que la Suisse et population égale à celle de la Finlande.

Ces données sont  issues d’un héritage historique : carrefour des hommes et des marchandises depuis des millénaires, notre région est ouverte sur le monde, elle s’est construite et enrichie sur ce concept. Dès la fin des glaciations, Rhône-Alpes a offert ses vallées, ses fleuves aux hommes en quête d’espaces. Plus tard, la capitale des Gaules accueillera une trentaine de nationalités. Véritable entonnoir à civilisations, elle a vu les hommes échanger leurs langages, leurs lois, leurs techniques, leurs richesses, leurs idées,… dans la coopération ou dans la violence : l’international fait partie du « patrimoine génétique » de la région Rhône-Alpes.

Mais  pour donner une suite et du sens à cet héritage, notre région doit se positionner en intégrant les données du monde actuel.

Second constat : Une région au coeur d'un monde inégalitaire et instable 

Notre planète n’a jamais été aussi dangereuse. La fracture économique qui oppose le monde des riches et le monde des pauvres est source de conflits, de révolte et d’instabilité. Quatre milliards de personnes vivent avec moins de 2 € par jour, 30.000 enfants meurent chaque jour, ce qui engendre un tsunami silencieux toutes les semaines.

Intégrer ces données, c’est comprendre que notre construction doit être équilibrée. Nous devons fortifier notre rayonnement international par les échanges économiques, universitaires, … mais nous devons aussi oeuvrer pour permettre le partage des richesses et du développement à l’échelle de la planète.

Une volonté politique et des moyens

Ceci implique une politique volontariste et humaniste à l’international.

Par les moyens d’abord : au regard du protocole de Johannesburg, le budget consacré à l’aide au développement sera portée de 0.38 % à 0.7% du budget régional. Avec 10 millions d’euros affectés sur cette ligne budgétaire en 2006, notre région possède le premier budget d’aide au développement des collectivités françaises.

Par la méthode ensuite : le droit de choisir démocratiquement son propre modèle de développement local en tenant compte de son Histoire, de sa culture, du contexte, … est un droit fondamental pour tout les peuples. Nous devons aider nos partenaires à intégrer ces principes afin de bâtir une mondialisation humaniste ou plusieurs mondes échangent, coexistent, s’enrichissent les uns, les autres.

Une volonté politique et une méthode

La Région a aussi veillé à inscrire son action dans une logique de renforcement de l’action publique locale. Pour cela, nous avons pour stratégie d’aider nos partenaires à réussir leur décentralisation. Rapprocher la prise de décision du citoyen et l’inscrire dans un processus démocratique sont des valeurs dans lesquelles nous inscrivons la philosophie de notre action politique.

La coopération décentralisée, lorsqu’elle associe la collectivité locale partenaire à toutes les étapes de l’élaboration des politiques publiques et qu’elle renforce son rôle et ses moyens, donne toutes ses chances à la décentralisation, notamment dans les pays où celle-ci fait ses premiers pas et où elle peut être un facteur de rénovation de l’action publique et d’avancée démocratique. Mais nous savons, par expérience, pour l’avoir pratiqué, que la décentralisation ne se décrète pas, c’est un long processus qui demande énormément de travail et de persévérance. Les collectivités locales du Sud, engagées dans un récent processus de décentralisation, n’ont que peu de ressources pour répondre aux besoins de leurs populations. La coopération décentralisée, telle que nous la définissons, trouve ici toute sa légitimité et son utilité.

Une stratégie géo-planétaire : un réseau de coopérations sur trois zones géostratégiques 

Le sud méditerranéen est une zone de convention privilégiée pour Rhône-Alpes, ceci pour plusieurs raisons : le protocole de Barcelone, supposé créer une zone d’échanges et de développement sur ce secteur, est au point mort. Les collectivités locales ont le devoir d’insuffler un nouveau dynamisme avec une approche plus pragmatique et locale.

Rhône-Alpes est la première région française en volume d’échanges avec la zone du Maghreb. Plus généralement dans ce bassin, nos populations et nos économies sont mêlées. Il nous faut bâtir une approche qui dépasse le cadre européen pour définir une zone régionale d’économie intégrée. La démocratie et la paix sont les préalables incontournables au développement. Nous devons avoir une stratégie de promotion de ces valeurs sur cette zone.

Les conventions de coopération développée par la Région Rhône-Alpes se localisent au Maroc avec la  Région de Rabat-Salé-Zemmours-Zaers, en Tunisie avec le Gouvernorat de Monastir, au Liban avec la Région de Tripoli. Des négociations sont engagées sur les Willayas de Sétif, Annaba et Constantine en Algérie.

En Afrique de l’ouest et  à Madagascar, l’action de Rhône-Alpes est d’aider à concrétiser les objectifs du millénaire pour le développement. Dans ces territoires, ces coopérations sont aujourd’hui reconnues notamment pour leur  apport au processus de décentralisation et aux dynamiques de développement local. La Région a été sollicitée au niveau national dans plusieurs pays où des coopérations régionales sont en oeuvre : participation au séminaire de Kaolack et de Saint-Louis au Sénégal, appui à la Direction Nationale des Collectivités du Mali, Maison de la Coopération au Burkina Faso.

Les différentes coopérations régionales d’Afrique de l’ouest constituent un pôle de références et de compétences. En juin 2006, Rhône-Alpes et ses partenaires d’Afrique de l’ouest : la région des Hauts-Bassins au Burkina-Faso, les régions de Matam et de Saint-Louis au Sénégal, la Région de Tombouctou au Mali ont crées la CeprAo (cellule d’échange et de partenariat région Rhône-Alpe s-  Afrique de l’Ouest). Cette structure a pour vocation de dimensionner les échanges et le partenariat dans les trois logiques : sud/ nord, nord/sud mais aussi sud/sud. Le positionnement sud/sud est une démarche d’actualité en vue d’aider nos partenaires dans leur désir de bâtir une zone régionale d’économie intégrée leur permettant une plus grande marge de manœuvre dans leurs choix politiques et économiques. Notre partenariat avec la Province de Tamatave à Madagascar est notre plus récente convention signée sur cette zone.

En Asie, la coopération régionale est structurée autour de trois pays : au Viet-Nam avec les Provinces de Hô Chi Minh Ville et de Dong Nai, au Laos avec Province de Khammouane et au Sri-Lanka avec la région de Sabaragamuwa.

Depuis la mise en place du nouvel Exécutif en avril 2004 , la politique de solidarité internationale du Conseil régional a été marquée par :

1. L’adoption et la signature de nouvelles  conventions avec :

la Régions des Hauts Bassins au Burkina Faso ; la Province de Tamatave à Madagascar ; la Fédération des collectivités de la région de Tripoli au Liban ; la Province de Sabaragamuwa au Sri-Lanka pour un programme de reconstruction suite au Tsunami.

2.  Le renouvellement de conventions avec :

la région de Rabat au Maroc ; la région de Tombouctou au Mali ; les provinces de Saïgon et Dong Naï au Vietnam, la province de Khammouane au Laos, les régions de Saint-Louis et Matam au Sénégal.

3. Des négociations sont en cours pour renouveler  notre convention avec le gouvernorat de Monastir   en Tunisie, pour signer une nouvelle convention avec les willayas de Sétif, Annaba et Constantine en Algérie.

4. Le lancement du plan régional de soutien au commerce équitable

5. L’aide aux initiatives en Rhône-Alpes pour la Semaine de la Solidarité Internationale par le soutien à des programmes départementaux

6. Le financement de la quinzaine nationale du  commerce équitable (mois de mai)

7. La prise en compte d’actions d’urgence suite au tremblement de terre au Pakistan

8. La mise en place d’un fonds d’aide de 1ère urgence

9. La création d’un dispositif de bourses pour les jeunes professionnels de nos zones en convention

10. La mise en place d’un dispositif pour aider les actions des jeunes dans le cadre de la solidarité internationale

11. La création de la CEPRAO (cellule d’échange et de partenariat région Rhône-Alpes – Afrique de l’Ouest – Madagascar)

12. Le financement et la présidence du groupement d’intérêt public RESACOOP (créé par la Région et par l’Etat), outil d’aide à la mobilisation des acteurs régionaux par l’information, la concertation et l’appui.

24.08.2005

CONSTRUIRE UN MONDE SOLIDAIRE

Le monde a atteint un niveau de développement et de richesse jamais égalé à ce jour. Pourtant, les inégalités entre les pays et entre les individus se sont aggravées. La fracture économique qui éloigne le Nord et le Sud nous prouve chaque jour davantage que les règles qui régissent le développement mondial sont injustes.

Notre mode de développement est insoutenable et non durable. Il est non seulement injuste socialement et désastreux pour l’environnement, mais aussi inaccessible à l’immense majorité des habitants de notre planète. La mondialisation est un concept intéressant mais, telle qu’elle est déclinée actuellement, sous l’angle d’un modèle ultra libéral, elle  abandonne ceux qui sont jugés insolvables. Ils sont aujourd’hui des milliards. La seule logique économique ne peut réguler les inégalités de développement car la pauvreté ne se définit pas seulement par un revenu: c’est un état, qui se caractérise par une extrême vulnérabilité, due notamment à l’absence de « capital » physique, financier et humain.  En conséquence, les ménages et producteurs pauvres ne peuvent absorber les chocs qui accompagnent naturellement toute activité économique se déroulant sur un marché. Ils ne peuvent s’exposer au risque. Ils ne répondent donc pas «normalement » aux incitations économiques. l y a donc des seuils critiques d’isolement géographique, d’état sanitaire, d’éducation et de vulnérabilité aux désastres naturels, en deçà desquels tout progrès économique est impossible. 

On voit bien là les limites du mythe de la capacité de la technicité ou de l’économie à surmonter mécaniquement les obstacles. Il faut donc abandonner la règle de mauvaise gouvernance qui institue d’un côté  ceux qui dirigent et de l’autre ceux qui subissent, le « bloc des riches » et le « bloc des pauvres » avec comme seul indicateur du progrès la recherche du profit à court terme.


Nelson Mandela nous dit que : « comme l’esclavage ou l’apartheid, la pauvreté n’est pas naturelle, elle est faite par l’homme et peut être éradiquée par les actions des êtres humains ». En effet, avec deux milliards de dollars par an garantis sur dix ans, on assure la scolarisation primaire de tous les enfants d’Afrique subsaharienne; avec deux milliards de dollars par an, on finance dans des conditions satisfaisantes la recherche médicale sur les grandes pandémies qui affectent les pays en développement ; avec un milliard de dollars par an, on met à la disposition de toute la population mondiale les dix interventions chirurgicales de base nécessaires à la préservation de la vie et de la santé.

Il s’agit, à l’échelle de la planète, de sommes faibles, pour des actions dont personne ne conteste l’urgence et l’impérieuse nécessité. Pourtant, elles ne sont toujours pas budgétisées dans les programmes  économiques mondiaux. Or, ce n’est pas en augmentant les budgets militaires que nous créerons un monde de paix et de stabilité, mais plutôt en augmentant les budgets d’aide au développement et en réformant les règles qui régissent le commerce mondial. La conception de la coopération qui prolongeait la colonisation, celle qui soignait les « pays amis » pour les garder dans le bon camp, qui créait l’illusion d’un développement sous couvert d’intérêt commerciaux, cette conception-là est agonisante. La conception de la coopération comme un acte de charité doit aussi être dépassée. L’aide est stérile s’il ne reste rien quand le donateur s’en va.

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